
On parle souvent du harcèlement en ligne comme d’un phénomène lointain, attribué à des trolls anonymes, à des réseaux étrangers, à des militants antifascistes radicaux ou à l’extrême droite la plus violente. Les faits que je documente ici racontent une réalité beaucoup plus dérangeante, parce qu’elle est ordinaire.
L’auteure des messages publiés sous le pseudonyme « Eva France » n’est ni une militante antifa, ni une troll russe, ni une militante d’extrême droite radicalisée. Il s’agit d’une adhérente des Républicains, membre de l’équipe rapprochée du candidat LR à Lille, Louis Delemer, socialement identifiée, insérée, parfaitement consciente de ses actes : madame Eva Dhalluin.
Depuis un an, des centaines de messages publiés sur le réseau X m’ont visée de manière quasi exclusive. Au départ espacés, ces messages sont devenus réguliers, puis quotidiens, parfois plusieurs fois par jour. Ils ne portent ni sur un projet, ni sur un programme, ni sur un désaccord politique argumenté. Ils sont dénués de fond, systématiquement gratuits, moqueurs, disqualifiants, parfois méprisants, cherchant moins à convaincre qu’à salir. Chaque prise de parole, chaque déplacement, chaque photo devient un prétexte à l’attaque. Il s’agit d’une stratégie d’acharnement.
Sous couvert d’un pseudonyme, cette militante n’a jamais le courage d’utiliser son identité réelle sur les réseaux sociaux, alors même que son engagement politique est public et revendiqué dans d’autres cercles. Ce dédoublement dit quelque chose de notre époque : une parole violente banalisée, socialement tolérée, parce qu’elle se croit protégée par l’écran et l’anonymat relatif des plateformes.
Ce cas démontre aussi une chose essentielle : le harcèlement en ligne n’est pas l’apanage des marges radicales. Il peut être le fait de militants installés, organisés, intégrés à des stratégies politiques locales, et viser une seule personne, de façon répétée, méthodique et obsessionnelle. En droit, le harcèlement en ligne est un délit. Face à ces faits documentés, j’ai aujourd’hui déposé plainte au commissariat central de Lille. Laisser faire, c’est accepter que le débat politique se transforme en violence ordinaire, et que celles et ceux qui s’engagent soient dissuadés par l’acharnement plutôt que convaincus par les idées.



